La victoire remportée, contre vents et marées


Texte de Ken McIntyre


Si on devait décrire Caitlin en un seul mot, ce serait résiliente. Caitlin fait partie des jeunes qui ont réussi à surmonter les nombreuses épreuves traversées en bas âge. Elle est devenue une personne compatissante, optimiste et indépendante d’esprit. Un bel avenir attend cette jeune femme, maintenant âgée de près de 21 ans. Elle participe au programme de vie autonome Independent Options (IOP) de Marymound depuis qu’elle a 18 ans et considère que Marymound fait partie de sa famille.

Un nuage sombre plane sur Caitlin à sa naissance. À 10 mois, elle est officiellement déclarée pupille et est placée en famille d’accueil. Trop jeune pour comprendre, elle croit que les parents de sa famille d’accueil sont ses parents biologiques. Ainsi, lorsque Caitlin est retirée de cette famille à l’âge de six ans en raison de problèmes de dépendance, elle est profondément marquée. « Lorsqu’ils [les Services à l’enfant et à la famille] sont venus me chercher chez mes parents [de famille d’accueil], j’ai été traumatisée pendant très longtemps », raconte Caitlin.

Caitlin retrouve une lueur d’espoir lorsqu’elle est rapidement placée dans une autre famille d’accueil, dans le nord de Winnipeg. « On m’a retirée de ma famille, mais j’ai été replacée dans un foyer idéal, chez Lisa et Chris. Aujourd’hui, je les considère comme mes parents », affirme Caitlin.

En prime, chez Lisa et Chris, Caitlin retrouve sa sœur aînée biologique qui a l’autisme et fait face à des défis considérables. « Lisa et Chris ont été extraordinaires. J’étais une petite fille de six ans désorientée. Ils ont rapidement compris mes craintes et m’ont aidé à me sentir chez moi. » Caitlin est très contente de retrouver sa sœur avec qui elle n’avait jamais vécu et elle lui donne sans compter. « Le système a été beaucoup plus difficile pour ma sœur. Elle représente tout mon monde. Je ferais n’importe quoi pour elle. » C’est exactement ce que Caitlin fait, tout en étant aux prises avec ses propres problèmes de santé mentale.

« Les six années qui ont suivi ont été très belles et paisibles », dit Caitlin. Elle va à l’école primaire tous les jours avec sa sœur et ses parents (des enseignants). En tant qu’enfant ayant un TDAH, Caitlin fait face à des défis à l’école. Son père de famille d’accueil initie donc Caitlin à divers sports dans lesquels elle excelle. Elle suit aussi de nombreux cours de musique et de danse pour dépenser son surplus d’énergie. À 11 ans, après de nombreuses périodes difficiles, ses parents comprennent qu’elle souffre aussi d’anxiété extrême.

Lorsque Caitlin a 13 ans, sa vie s’assombrit de nouveau. Ses parents de famille d’accueil divorcent et elle doit quitter cette famille, y compris sa sœur. En raison de cet incroyable traumatisme, Caitlin devient suicidaire à 15 ans. Elle passe donc deux semaines à la Crisis Stabilization Unit (CSU) de Marymound et réussit à se rétablir rapidement. Elle fait ensuite de courts séjours dans divers foyers de groupe, dans un hôtel et finalement dans un logement supervisé pendant un an et demi. « C’est à cet endroit que l’on vit avant de participer au programme de vie autonome », explique Caitlin.

Après un an et demi de travail et de persévérance, Caitlin réussit à répondre aux exigences pour avoir accès au programme Independent Options de Marymound et obtient son tout premier appartement dans lequel elle s’épanouit depuis. Caitlin est autonome et s’occupe sans aide de son appartement, de sa vie personnelle et de son budget.

Elle est aussi inscrite au programme travail-études SWEEP de Marymound et fait un excellent travail avec son chariot à hot-dogs. « Ce n’est pas parce qu’on vient au monde dans une situation difficile qu’on ne peut pas changer les choses. Je sais que je suis capable de réussir et d’être autonome. Je sais que j’ai du soutien. Marymound m’a fait voir mon potentiel. Quand j’avais envie de tout abandonner, sans eux, j’aurais tout laissé tomber. Je leur en suis donc très reconnaissante. Ils m’ont fait comprendre que c’est correct de se sentir fragile et de demander de l’aide. »

Marymound est comme une famille pour Caitlin. Elle a assisté à des parties de hockey avec des membres du personnel, a rencontré deux de ses meilleurs amis dans le programme IOP et travaille avec ardeur dans la cuisine de Marymound. « Récemment, j’ai eu une crise d’anxiété durant mon travail à Marymound. Six employés différents sont venus m’aider et m’ont réconfortée. Ma travailleuse de soutien du programme IOP, Michele, a été mon rocher et la meilleure chose qui me soit arrivée. Le personnel de Marymound me comprend. Ils sont ma famille. »

Les nuages se sont dissipés et le soleil brille sur l’avenir de Caitlin. Elle travaille au Café de l’Hôpital Saint-Boniface, une autre communauté de service de la CCSM et, récemment, elle a été promue dans un poste de gestion. Elle garde contact avec les parents de sa famille d’accueil et, pour la première fois, pense à son avenir. « Maintenant, je peux me voir occuper un emploi, m’épanouir avec mes amis, avoir une maison et réussir. Je crois en moi. J’ai un avenir, un très bel avenir. »